J'écoute : des sons improbables sur mon piano
Je regarde : droit dans les yeux
Je lis : "Le livre tibétain de la vie et de la mort"
Je joue : à imaginer la tête des gens dans 40 ans
Je mange : trop de curry
Je bois : du coca zéro et du jus d'orange.
Je cite : La Rochefoucauld
Je pense : qu'il faudrait commencer à réfléchir sérieusement...
Je rêve : de choses inavouables
(mis à jour lundi 26 novembre 2007 à 07:55)

21/07/2009

21/07/09 - 17:19

Parce que Akiyoshidai


Les parents qui reviennent à la charge pour que je revienne en France. Et je les comprends. J'aurais tout aussi envie de voir mon fils rentrer si j'étais parent, que je l'avais vu grandir et partir si loin si longtemps. Mais ce n'est pas encore l'heure. Il m'arrive parfois d'avoir l'impression d'avoir fait le tour de l'archipel, d'avoir fait le tour de tout un tas de choses jusqu'à en avoir le tournis. Et au moment où on s'y attend le moins il y a Akiyoshidai. Et on se rappelle qu'on est loin d'avoir tout vu, qu'ici tout ne se résume pas à l'éternel triptyque montagnes-rizières-villes. Même si celui-ci résume pas loin de 95% du territoire à mon avis.

J'ai une amie qui ne se voit pas vieillir ailleurs qu'en France. Moi ce serait presque le contraire. Tout ce qui pourrait m'inciter à revenir en France ne sera plus, quand moi j'aurai dans les 60, 70 ans. Je dis "tout ce", mais ce que je veux dire bien sûr c'est "tous ceux", et aussi "toutes celles"... C'est plutôt maintenant qu'il faudrait que je rentre pour profiter d'eux. Mais si je rentre maintenant, quand est-ce que je reviens ? C'est pas si facile... Et qu'est-ce que je quitte ? Et qui est-ce que je quitte ?

Souvent, quand je visite un temple, que je sens l'odeur de l'encens, l'odeur du bois, cette odeur de vieux si indescriptible et apaisante, il me prend une violente envie de... devenir moine. Si si. Ou bien d'avoir ma maison à moi, un truc vieux, en bois, reculé, loin de tout. C'est plutôt comme ça que j'imagine mes vieux jours. Quand je pense objectivement à la France, et même, à chaque fois que j'y retourne, je me rends bien compte de tout ce qui me manque, de mes racines, de tous les bons aspects. Mais il y a un truc que je ne peux pas pardonner à ce pays. C'est de ne pas l'avoir choisi.

Avant je me disais que ce qui me rebutait dans l'idée de rester en France c'était toutes les attaches que j'y avais, et toutes les entraves invisibles à ma liberté qui y existaient. Tous ces amis avec qui je n'ai jamais vraiment pu être moi-même. A qui j'étais attaché mais dont la mentalité, les centres d'intérêt, les loisirs étaient si éloignés des miens. Eux non plus je les avais pas réellement choisis. Je mets à part la famille, que certes je n'ai pas choisi mais que, si j'avais eu à choisir, j'aurais choisi quand même.

Mais les attaches, après plusieurs années passées dans ce pays, j'en ai ici aussi. Beaucoup moins, quelques-unes, mais j'en ai. Des habitudes, des repères... Mais si peu. Et surtout, ici, c'est du 100% choisi. Rien ne prédispose a priori un Français à vivre à 8000 km de chez lui. Et ça rend plus difficile, et c'est tant mieux, la construction d'attaches. Moi qui ai l'impression de vivre en pilote automatique le plus clair de mon temps, c'est au moins ça qui me rattache au sentiment précieux d'avoir quand même eu et d'avoir aujourd'hui une marge de manoeuvre sur mon destin.

Je resterai donc ici jusqu'à nouvel ordre. Parce que c'est ma liberté d'être ici. Et parce que Akiyoshidai.





11/07/2009

11/07/09 - 14:34

Condamné


La certitude de mourrir a quelque chose de libérateur. Ca libère de beaucoup de choses. Des responsabilités. Du sentiment de devoir. Du regard des autres. Les gens qui se soucient de leur statut, de leur image, sont nécessairement des gens qui n'ont pas encore pigé, ou momentanément oublié, comment finira la partie.

Parfois je me dis que je me comporte comme quelqu'un qui va mourrir. Je possède peu de choses. Et n'en désire pas plus. Je me réveille chaque matin presque étonné d'être encore là. J'aime errer dans la nuit sans but.

Mais toujours le doute m'assaille. Suis-je en train de profiter de mon temps sur terre de la façon la plus noble, c'est-à-dire de la façon la plus détachée, la plus sobre, ou bien suis-je en train de fuir un destin que je pressens plus ambitieux ? De me trouver des excuses pour ne rien faire de grand ?

Je ne sais pas si je dois construire, ou ne rien construire du tout. Je ne sais vraiment pas. Si je me dis que dans quelques mois, quelques années, quelques décennies je ne serai plus là, ce qui est le cas, alors je devrais me sentir poussé par une envie de faire le maximum, de laisser une trace, de créer quelque chose, de n'être pas au final qu'un nom sur une tombe.

Mais est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de terriblement humiliant là-dedans ? Cette volonté pathologique et pathétique de vouloir laisser quelque chose. Comme si ça pouvait changer quoi que ce soit. Comme si ça apportait une sorte de survie. Pourquoi alors ne pas refuser ce petit jeu, et ne rien créer, ne rien construire, puisque tout est voué à destruction, moi le premier. Ne serait-ce pas faire preuve d'un peu de dignité ?

Mais dans ce cas ne serait-ce pas un peu comparable à un caprice d'enfant contrarié qui refuserait même le peu qu'on lui donne sous prétexte qu'il n'a pas eu TOUT ce qu'il désire ? La vie éternelle... Est-ce qu'une mort certaine doit être un prétexte pour ne rien faire ? Est-ce qu'on ne peut pas penser qu'une chose a une valeur même si elle ne survivra pas, même si elle périra comme le reste ? Voilà une autre question importante à laquelle je ne trouve pas de réponse, et pourtant je me la pose depuis lontemps. Est-ce que toute chose n'a de valeur que si elle est éternelle ? J'en sais rien... Et ne croyez pas avoir de réponse facile à cette question.

29/05/2009

29/05/09 - 17:50

Emancipation


Détruire le beau. Crime absolu. Le beau est fait pour être adulé, choyé, préservé, chéri, alors pourquoi vouloir le détuire ? Pourquoi vouloir se priver, et priver les autres par la même occasion, de cette bénédiction, de cette merveille si rare et précieuse ? Pourquoi vouloir sciemment renoncer à ce plaisir si exquis qui nous tend les bras et nous invite à le contempler, à le goûter, à s'y perdre ? Comment vouloir ainsi l'annihiler à jamais, le rayer de l'existence et se meurtrir, oui, devenir à jamais l'adorateur endeuillé d'un souvenir qui par son absence continuera à nous faire mal encore et encore.

...pourquoi donc ?

Posons la question dans l'autre sens. Qu'y a-t-il de noble pour un chien à goûter le bon nonos qui lui a gracieusement été laissé ? Le nonos est beau, il est bon, et c'est très bien. Mais qu'y a-t-il de noble pour ce chien à succomber au plaisir ? Et maintenant qu'y a-t-il de noble pour un amateur d'art à acheter une oeuvre somptueuse ? Aimer le beau est-il une marque d'intelligence ? Se laisser guider tout naturellement par cette envie de beau est-il le signe d'une élévation de l'esprit ? Est-ce que j'en sors vraiment grandi ?

Le chien a attrapé son nonos parce qu'il aime ça. J'aime le beau parce que le beau est beau. Trouver que le beau est beau et l'aimer, il n' y a rien de révolutionnaire à cela. Pas plus qu'il n'est extraordinaire pour un chien d'aimer un os. Après tout c'est le propre d'un chien d'aimer les os... Les chiens n'apprécient pas la beauté, alors que nous oui, ce qui ferait de nous des êtres supérieurement sensibles ? Non, l'homme qui succombe au beau n'est en rien supérieur au chien. Il a cédé, voilà tout. Il pense avoir réfléchi, avoir fait preuve de sensibilité, en fait il n'a fait que suivre ses envies, ses goûts, autant de choses qui lui sont imposées et par lesquelles il se laisse mener par le bout du nez. Attrape la carotte, allez...

Admirer, aimer vraiment, c'est être dépendant. Etre dépendant c'est perdre sa liberté, c'est y renoncer, même. C'est se laisser guider par des choses, des instincts, des passions qu'on ne contrôle pas, et qu'on a encore moins choisi. C'est pourquoi il y a comme quelque chose de valeureux, de définitivement héroïque à casser le beau. A refuser l'évidence et le déterminisme, à renverser la logique. Casser du beau, c'est affirmer sa liberté. C'est affirmer sa liberté d'abord parce qu'on se débarasse de toute dépendance affective (prise au sens large du terme), mais aussi parce qu'en faisant ça on s'affranchit du cours normal des choses, de cette évidence qui ferait qu'on adule forcément, nécessairement, le beau.

Et vous savez le plus drôle dans l'histoire, c'est que je ne suis même pas sûr de penser vraiment ce que je viens d'écrire. J'ai même la certitude que je pourrai écrire l'exact opposé avec autant de ferveur. Et pourtant je ne peux m'empêcher de trouver que ce texte se tient fichtrement bien.

24/05/2009

24/05/09 - 19:48

Redite


Ca fait longtemps que j'ai rien écrit, longtemps que j'ai plus rien à dire. J'admire les gens qui arrivent à raconter des trucs profonds sans donner l'impression de rabacher. Moi j'ai le sentiment d'avoir déjà écrit tout ce que je ressentais de plus personnel, sur la vie, sur moi... Je ressens plus le besoin d'écrire, par contre je ressens celui de me relire. Ne serait-ce que mon dernier post. Tiens, j'ai toujours pas retenu la leçon...

J'ai cassé les digues, levé l'amarre. L'homme sur le quai ne risque rien. Sinon l'ennui et la monotonie. Celui qui prend la mer s'expose à tout. Certains feront un beau voyage, et le raconteront. Certains feront naufrage, et ne seront plus là pour le raconter. C'est ca le choix. Soit l'ennui, soit l'inconnu. Mais qui dit inconnu dit aléatoire. Le paradis, ou l'enfer. Le bonheur, ou le désemparement.

Chaque dimanche, ou lundi, avec mon fidèle vélo, je prends la mer. Je me fais secouer par les vagues. Il y a des creux. Il y a des hauts, il y a des bas. Les dénivélations de cette ville sont aussi nombreuses que mes sautes d'humeur. Mais celles-ci ne se manifestent pas en fonction des montées et des descentes, non, elles sont aléatoires. Comme les vagues. Il y en a qui préfèrent se laisser couler, les fonds sous-marins, bien profonds, bien noirs, c'est leur truc. Non moi je reste plutôt au dessus, mais ça tangue, ça donne le tournis.

C'est ça de larguer les amarres. Partir loin de la côte, loin des repères, loin de la terre ferme, loin de toutes ces choses rassurantes et stables. Quand on s'est vidé la tête de tout ça, il reste quoi ? La houle. Une heure de ballade et j'ai toujours l'impression d'avoir vécu l'équivalent émotionnel d'un mois, peut-être d'un an. Il y a tellement d'émotions contradictoires, des moments de profonde extase, d'une beauté au-delà des mots, mais aussi des moments de vide profond, de malaise... C'est ça de faire abstration de tout, tout d'un coup.

J'ai une préférence marquée pour la nuit, où l'on ne fait que deviner les choses, et aussi juste avant la nuit, quand on ne sait parfois plus très bien si le soleil est en train de se coucher ou de se lever. Ensuite il est très important de se perdre. On est déjà en pays étranger, on y flotte, on y surnage, mais en se perdant, là on réussit son saut dans le vide. Partis, les repères temporels. Evaporés, les repères spatiaux.

C'est là qu'intervient le duel. Moi contre tout le reste. L'issue du combat est toujours incertaine. Je ne connais pas les règles du jeu. Elles changent tout le temps. Même si je gagne, je ne saurai pas pourquoi. Et si je perdais ce serait pareil. Généralement je gagne, alors je continue. Mais si un jour je devais perdre, et pour de vrai cette fois? Serait-il encore tant de regagner la terre ferme? A vouloir aller trop loin ne risque-t-on pas de se perdre?

Les marins sont-ils des lâches ou des aventuriers? Suis-je en train de fuir la vie ou de l'embrasser? Voilà où j'en suis, beaucoup de questions et peu de réponses. Les mêmes qu'avant. Je n'ai fait que reformuler.

Aujourd'hui je suis allé près de chez moi, dans un quartier que je croyais bien connaître, mais qui me réservais encore quelques surprises. C'était une belle ballade, je crois.

19/09/2008

19/09/08 - 17:07

Révolution


Ca n'arrive pas souvent ces rencontres, je m'en rends bien compte maintenant. Il y a des gens qui ont la lumière en eux, des gens qui portent en eux le pouvoir de créer, le pouvoir de s'émanciper, de questionner ce que les autres croient évident, de faire ce que les autres croient impossible.
Certains de ces gens-là sont dans les livres d'histoire et ont marqué leur temps. D'autres resteront anonymes, et il arrive qu'on les rencontre. Et on comprend vite qui ils sont, on les repère à leur aura, à leur esprit brillant. Ca n'a rien à voir avec l'intelligence ni avec la culture. C'est plutôt, je dirais, une histoire de dimensions. Ils sont pas tout à fait dans la même dimension, ils ont échappé au formatage, ils ont su prendre de la hauteur par rapport aux choses.
J'en ai rencontré que deux dans ma vie. Ils ont tout deux provoqué une révolution dans ma tête. Car ce sont des révolutionnaires...
C'est beau une révolution, si on y réfléchit bien. Car la révolution, c'est le changement, c'est la vie. C'est le refus, c'est le soulèvement des âmes contre la détermination, contre le figé, contre le sclérosé, le timide, le timoré.
Alors le premier m'a montré qu'il était possible de créer de la beauté, qu'elle était en chacun de nous et qu'il suffisait de se donner les moyens pour la faire ressortir et faire de soi un être exceptionnel et à part, un être unique. C'est en chacun de nous. C'est ca le message. C'est ca la révolution.
Le deuxième il m'a lui aussi montré, à sa façon, que la fatalité n'existait pas. Il m'a montré qu'on pouvait garder le sourire même quand il nous arrivait que des merdes. Sourire, et sincèrement en plus. "Parce que faire autrement ce ne serait qu'un grand gâchis".
C'est ainsi que toutes les choses qu'on croyait logiques et inévitables nous apparaissent tout à coup comme de simples contingences.
A chacune de ces rencontres je me suis senti téléscopé, j'ai ressenti avec une intensité unique ce que c'était que la richesse d'une vie, ce que c'était que d'avoir le choix, d'avoir devant soi une infinité de possibilités.
Avec le recul je me dis que j'ai beau avoir très bien compris le message, je ne l'ai que partiellement traduit en actes. Qu'est-ce que j'attends, pourtant...
Après tout le grand soir, c'est tous les jours...

23/07/2008

23/07/08 - 15:15

Le rêve du papillon


Un jour, le philosophe Zhuangzi s’endormit dans un jardin fleuri, et fit un rêve. Il rêva qu’il était un très beau papillon. Le papillon vola çà et là jusqu’à l’épuisement, puis s’endormit à son tour.
Le papillon fit un rêve aussi. Il rêva qu’il était Zhuangzi. À cet instant, Zhuangzi se réveilla.
Il ne savait point s’il était, maintenant, le véritable Zhuangzi ou bien le Zhuangzi du rêve du papillon. Il ne savait pas non plus si c’était lui qui avait rêvé du papillon, ou le papillon qui avait rêvé de lui.


02/07/2008

02/07/08 - 14:53

Rien


Rien. Au début on ne ressent rien. Rien de rien. L'information est bien rentrée, mais elle a dû se perdre en chemin. Elle semble avoir sauté la case émotion.
Au bout du fil non plus, rien. Rien ou presque. Mon père est toujours d'une grande pudeur et d'une grande retenue dans ce genre de situation.

Il vient de perdre son père, pourtant. Et moi, mon grand-père.
Ce ne sont d'abord que des mots. Juste des mots. Comme un virus inactivé. Ca devrait faire mal, ca devrait rendre malade, mais on ne sent rien, pas de piqure, pas de tournis, rien.

Ca vient plus tard. Ca monte, doucement. La tristesse est un poison qui ne s'active que quand on le stimule. Il se nourrit de certaines pensées, de certains mots, de "plus jamais", de "trop tard", de "c'est fini". Puis le poison progresse, il envoie à présent des images, les premières réactions, les premiers silences, le regard vide des témoins.
Puis ça continue encore. Le poison s'infiltre, toujours plus loin, propulsé au rythme des visions, de plus en plus macabres. Les derniers moments, le souffle qui s'accélère, l'asphyxie, les yeux emplis de terreur.

Puis on déconnecte. On ne pense plus. On ne veut plus.
Et le poison s'évapore.

Ce poison est pourtant ce qui fait qu'on est humain. Je souffre, donc je suis. Je suis humain. Mais c'est un poison dont on ne doit pas abuser.

Alors je relativise. Je me dis que je le connaissais depuis que j'étais tout petit, certes, mais que je n'avais finalement jamais vraiment parlé avec lui. Il était déjà bien vieux, diminué, renfermé. Je n'étais pas attaché à lui comme je le serais à d'autres.
Il paraît, et cela semble même vérifié, que beaucoup d'homos ont en commun d'avoir eu un père détesté, ou bien absent, voire même inexistant. Et il parait que c'est cela, le manque d'amour paternel, qui les conduit à rechercher cette affection chez d'autres hommes, plus tard... J'ai toujours eu du mal à croire à cette théorie, mais les statistiques semblent me donner tort.
En tout cas ça ne s'applique pas à moi, j'ai la chance d'avoir un père formidable, réellement irréprochable, et en tout point.

... si bien que j'en suis parfois venu à me demander si le manque, chez moi, ne venait pas de mes grands-pères... Je n'ai jamais ou presque dialogué avec eux, échangé, ressenti de complicité ou d'affection.

Du moins c'est ce que je pensais. Si je suis triste aujourd'hui, c'est bien que, quelque part, malgré tout...

29/06/2008

29/06/08 - 17:10

Prédateur


C'est ce mot qui résume le mieux le sentiment qui m'envahit alors dans ces moments-là.
Shooté à coup d'embruns, ivre de nuit, grisé par le noir, j'avance, lentement, tout doucement. J'hume et j'observe. Le bitume semble changer de texture en deçà d'une certaine vitesse. Il m'appartient désormais. Se fondre dans le tout, c'est être invisible, et ne se sentir nulle part, c'est être intouchable.
Mes yeux vides mais sereins les toisent longuement, libérés de toute inhibition. J'ai parfois la certitude qu'il ne me manquerait que la cruauté pour devenir le parfait tueur en série.

Au détour d'une ruelle, à l'abri des regards.
Un aller simple pour le champs de monolithes.



30/05/2008

30/05/08 - 15:00

Abysse


J'ai l'estomac noué. Pourtant il ne m'est rien arrivé. A moi non. A lui oui.
Fut un temps j'ai été très amoureux d'un Japonais. J'ai déja écrit une fois sur lui. Ca n'a pas duré longtemps, je ne sais même pas si on pouvait dire qu'on était ensemble, et pourtant j'ai appris énormément de choses avec lui. Il avait une philosophie de la vie que je trouvais bouleversante. Et j'ai gardé depuis une certaine affection pour lui. En tout cas assez pour continuer à me soucier de ce qui lui arrivait, observer son parcours et ses humeurs, de loin.

Hier, après 7 ans de vie commune, il a demandé à son copain s'il l'aimait, lequel s'est arrêté de bouger en entendant la question. Plusieurs minutes. Probablement interminables. J'ai presque l'impression que j'y étais, que j'ai attendu la réponse avec lui que je le toisais des yeux.

Puis son copain lâche : "Je crois que non. Disons que tu es comme mon meilleur ami".
Son copain n'a jamais été homo, n'a jamais été attiré par le corps des garçons, et tous les deux le savaient, mais cette relation était quand même très forte. Faite d'amour, en tout cas pour l'un, et, manifestement, d'une simple affection, pour l'autre. S'il n'avait pas posé la question fatidique ils seraient très probablement restés ensemble des années encore.

Il écrit : "tout d'un coup, 7 ans de ma vie se sont envolés, comme du sable".

Abyssal. Ca doit être abyssal. J'ai que ce mot qui me vient. J'imagine le sol se défaire sous ses pieds, une chute sans fin, sans rien à quoi se rattacher.

C'est ça l'empathie. Souffrir avec les autres.
C'est pas juste ce qui lui arrive. C'est pas juste.

20/05/2008

20/05/08 - 16:04

Portraits d'aujourd'hui (5) - "Haendel"


Il s'appelle donc Haendel. Pourtant il n'est pas allemand, ni compositeur... ni mort d'ailleurs. Je l'ai rencontré hier, en bas de mon escalier. Je l'avais reperé avant qu'il me voit, et j'avais décidé de tracer tout droit car c'est généralement ce que je fais quand je vois un type avec une tête de non-Japonais. Car je me dis qu'il va vouloir me parler, et ce uniquement parce que je ne suis pas japonais, et ca, ben ca m'énerve. Je me dis que si j'avais eu une gueule de Japonais il m'aurait probalement superbement ignoré. Et je n'aime pas être abordé pour la seule raison que j'ai un faciès pas trop différent et que du coup j'inspire de la sympathie et du réconfort à un type incapable de trouver sa place dans ce pays et de se faire des amis "locaux". Et il y a aussi le fait que les étrangers ici se sentent obligés de me parler en anglais car eux c'est leur langue maternelle alors que moi, parler anglais, ben ca m'emmerde.

Mais lui c'était différent. Certes il était bel et bien Américain, et n'a cessé de me parler en anglais. Mais lui c'était pas un touriste. Nan, lui, c'était un vétéran. Un vrai. Le gars qu'habite ici depuis 23 ans. Visa de résident permanent. Autant dire : l'ultime sésame.

Ce type n'a pas eu un parcours classique. Il était New-Yorkais à la base. Puis il est venu au Japon, pour quelques mois au début. Et puis, comme beaucoup d'autres, il en est jamais reparti. Il avait... 25 ans, mon âge, quand il est venu pour la première fois.
Sa famille est originaire d'Europe. Une mère russe et un père juif allemand, lequel a quitté son pays en 1935.
Alors qu'on se balladait, moi, Haendel et son fils de 8 ans, et qu'on discutait de ca, Haendel a sobrement expliqué à son fils : "tu sais, les gens étaient devenus fous à cette époque...".
Ou le nazisme expliqué à un enfant.

Il en a trois, des enfants. Mona et Lisa, deux jumelles adorables et qui doivent avoir 6 ans environ. Et le petit Tony. Leur mère est chinoise. A la maison on entend du chinois, du japonais et de l'anglais. Les petits parlent japonais entre eux. Avec un léger accent semble-t-il. Ils parlent japonais et anglais à leur père. Avec un accent aussi. Et ils parlent anglais, japonais et un peu chinois à leur mère. Bref c'est un joyeux bordel. Mais j'étais tellement content de voir tout ce petit monde. Ca doit vraiment être merveilleux d'avoir des enfants. Une maison avec des enfants c'est tellement différent. Le petit Tony était tellement joyeux, et vivant, et simple...

Ca fait partie des rencontres qui marquent. Je me dis qu'il aurait été inconcevable, mais alors vraiment inconcevable, qu'un Japonais m'aborde dans la rue (et d'une) et qu'en plus il m'invite 5 minutes plus tard à prendre le thé chez lui avec sa femme et ses enfants. Et il aurait été encore plus inconcevable, presque dément, pour un Japonais d'accepter une telle proposition s'il avait été à ma place. Impossible.

Alors en rentrant chez moi je me suis dis que j'avais encore jugé bien vite au premier abord et que ca aurait été quand meme bien dommage de filer tout droit comme j'en avais eu l'intention.
Je me suis endormi un peu moins bête, hier...

16/05/2008

16/05/08 - 16:01

Stimulus nerveux

Partons d'un point du vue purement physique. Il y a de la matière. En cela il n'y a pas de différence fondamentale entre un corps, fait de chair et de sang, et une machine, faite de métal. Tous deux sont des entités purement physiques, matérielles. La différence est que les Hommes sont dotés de conscience, pas les machines. Mais pourquoi donc?
La plupart diront que la conscience ne peut apparaitre que dans des corps, et pas dans du métal.
Pour ma part je me dis qu'il ne serait pas beaucoup plus extraordinaire de voir émerger une conscience d'un tas de ferraille que de la voir apparaitre d'un tas de viande... Par ailleurs le fait d'etre constitué de chair et d'organes ne garantit en rien d'être doté de conscience. L'immense majorité des êtres vivants sont réputés ne pas être dotés de conscience, à part les Hommes, et parait-il les grands primates, ainsi que les dauphins.
Je me dis alors que la conscience n'est qu'une étape dans l'échelle de l'intelligence. Nos réflexions, nos mouvements sont, grosso modo, le résultat d'une combinaison de connexions neurales. Et il se trouve qu'arrivé à un certain degré de complexité, l'intelligence permet de comprendre que le gars en face dans le miroir, et ben c'est soi.
Et c'est là que l'erreur intervient, à mon avis. Pouvoir refléchir sur nous-mêmes nous permet de prendre de la distance. Mais cette distance, qui n'est rien de plus qu'une distance conceptuelle, dans le cadre d'une réflexion, nous la prenons pour une distance physique, une séparation nette entre l'esprit et le corps. L'esprit réfléchirait ainsi sur le corps qu'il habite.
Mais n'a-t-on pas sauté une étape dans la réflexion? Selon quelle curieuse logique la capacité de réfléchir sur soi impliquerait la possesson d'une "âme" ou d'un "esprit" indépendant du corps? Et quels trésors d'imagination et de subtilité n'est-on pas obligé de déployer pour tenter d'expliquer les relations flagrantes et indéniables entre notre état physiologique et notre état mental? Par quelle curieuse alchimie l'esprit, cette chose vaporeuse et immatérielle, pourrait-elle bien être connectée à ce tas de viande et de matière qu'est notre corps...? Comment expliquer ce mystère qui fait qu'un corps présentant des dysfontionnements au niveau du cerveau rendent l' "esprit" également déficient? Est-ce que l'esprit, chose "pure" par nature, est "voilé" (phénomène éminemment mystérieux) et ne s'exprime pas "pleinement" à cause de ce corps et de ce cerveau déficients?
N'est-il pas plus simple de considérer que le cerveau fonctionne mal, et que donc toutes les fonctions touchant au comportement, au mode de pensée et à la "personnalité", qui demeureraient simplement des phénomènes purement physiques dépendant d'un corps non moins physique, soient tout naturellement affectées. Autrement dit ce ne serait pas le corps qui affecterait l'esprit, mais le corps qui affecterait... le corps. Et là, plus besoin de se casser la tête à imaginer de mystérieuses relations paranormales entre la partie matérielle et une partie "immatérielle" et permanente de notre être.

Tout ça pour introduire le vrai objet de ce post, à savoir la douleur. Si nous ne sommes que des corps, alors pourquoi la douleur est-elle quelque chose d'insupportable? Pourquoi cette chose, scientifiquement décrite comme rien de plus qu'un stimulus nerveux, est-elle désagréable? Pourquoi est-ce terrible?
La douleur est un thème passionnant. Comment un phénomène nerveux et électrique peut-il devenir quelque chose d'atroce et d'inhumain parfois? Comment l'innommable peut-il émerger de la matière? Car la douleur peut véritablement être quelque chose d'abominable. Probablement la pire chose au monde pour nous autres.
Peut-être, je dis bien peut-être, que c'est juste notre vision, notre perception de la douleur qui rend celle-ci insupportable. C'est parce qu'elle signale une atteinte potentielle à ce que nous avons instinctivement de plus précieux, la vie, que nous la trouvons absolument insupportable. Peut-être que si nous changeons notre perception, nous pouvons la réduire à sa nature fondamentale, à savoir : un simple stimulus nerveux.

C'était la réflexion du jour.
Je retourne à ma méditation.

06/05/2008

06/05/08 - 15:52

Heureux qui comme Ulysse


Demain déjà la fin des vacances. Ca passe à une vitesse. Ha ha et c'était absolument pas reposant comme vacances, en plus ! Mais alors pas du tout !
Et ce qui est chiant avec les récits de voyage c'est qu'on sait jamais par où commencer. Ni comment formuler ça pour arriver à être un minimum intéressant. Nan aujourd'hui je vais m'en tenir au premier jour de voyage, l'arrivée à Kagoshima.
Ce nom a toujours eu une résonnance particulière pour moi. Kagoshima, c'est l'extrémité sud du Japon, en excluant les petites îles plus au sud et Okinawa aussi. Je me suis souvenu, quand j'étais à Tokyo, je rêvais d'aller plus à l'ouest, j'avais l'impression d'avoir fait le tour de la région de Tokyo. Non seulement cette impression était super fausse, mais mes raisons de vouloir aller explorer l'ouest étaient mauvaises. Mais ça je n'en avais pas encore tout à fait conscience. Mon but c'était juste de retrouver un peu de fraîcheur, un peu d'inconnu. Or l'inconnu est pas plus loin que le bout de son nez ou que le pas de sa porte, généralement. C'est juste qu'il faut savoir chercher. Ou bien redécouvrir ce dont on a bêtement et injustement fini par se lasser.
Bref rebelotte, une fois dans l'ouest, là où je suis actuellement, j'avais envie d'aller plus au sud. A peu près pour les mêmes raisons. Je crois que c'est dans ma nature profonde de fuir sans cesse comme ça.
Mais là les raisons étaient quand même plus solides, il s'agissait d'aller sur une île réputée très belle et qui, ma foi, le fut.
D'abord passer par Kagoshima, donc. Je ne sais pas pourquoi mais en arrivant là-bas, un instant, je me suis cru en Egypte. Mais alors, ne même pas chercher à comprendre pourquoi. Peut-être la largeur des rues et des rivières dans les villes. Nan vraiment je sais pas.
Ce qui m'a le plus marqué en fait ce n'est pas la ville, mais le trajet vers l'hotel, qui n'était pas, mais alors pas du tout à côté du centre ville.
Nous avons pris un petit train régional. Pour le moment on n'en est même pas à l'île en question, et pourtant j'ai le sentiment que ce trajet en petit train restera un des meilleurs souvenirs de ce voyage. Ces petits trains sont l'âme du Japon. Ils passent dans la campagne, à ras des maisons, entre les rizières, les jardins, les gens... J'adore. Les chemins de fer à voie unique où les trains sont obliger de se croiser au niveau des stations pour pas se percuter sur la voie. Le petit vieux dans la cabine de pilotage. L'allure pépère. L'air doux. La verdure autour. La mer à l'horizon.
Là encore, et je le sais, des trains comme ça il y en a plein dans le pays, à l'ouest, à l'est, au nord, au sud... Mais je sais pas, le fait d'être dans une zone encore inconnue apportait comme un plus.
Il était bien ce train...

Allez, la suite au prochain épisode.
Et pour vous permettre de mieux comprendre, ce petit clip que j'adore (et probablement déjà posté il y a quelques temps) et qui donnera sûrement une idée de ce que je ressens à ceux qui n'ont pas eu la chance de vivre ça.

17/03/2008

17/03/08 - 04:58

La résurrection permanente


Tel l'aveugle qui retrouve la vue, j'observe.
Tel le sourd qui retrouve l'ouïe, j'écoute.
Tel le paralysé qui retrouve l'usage de ses jambes, je marche.
Tel le mort qui retrouve le souffle de la vie, je respire.

Si nous ne sommes capables de comprendre la vraie valeur des choses que lorsqu'elles nous sont finalement retirées, alors mourrons, puis ressuscitons. Et ce, autant de fois qu'il le faudra.
Dans une résurrection perpétuelle.

Douleur, vous dites?
Mais de quelle douleur parlez-vous...?

03/03/2008

03/03/08 - 13:45

Question de point de vue


J'ai toujours été convaincu qu'il y avait, virtuellement, autant de mondes qu'il y a d'individus dotés de conscience. Notre vision du monde est nécessairement différente selon notre nationalité, notre sexe, notre âge aussi, notre religion si on en a, etc...
Et nous n'avons pas d'autre moyen d'observer, de jauger le monde que nos modestes moyens sensoriels, notre sensibilité bien particulière.
Le monde n'est pas. Le monde n'est que perçu. Le monde ne peut être que perçu. Alors si le monde n'existe que par la perception et si chacun de nous en a sa propre perception, alors ne peut-on pas défendre l'idée qu'il y aurait réellement autant de mondes que d'individus conscients?
Même de façon scientifique, le monde n'est pas le même selon le référentiel choisi, selon la méthode choisie, selon l'échelle...
C'est à la fois passionnant et terrifiant.

J'adore comprendre le fonctionnement des gens. Comprendre quelqu'un, c'est découvrir un monde nouveau. Celui-là même dans lequel on a physiquement toujours vécu, certes, mais dans une autre dimension, avec une autre paire d'yeux, avec des repères et une sensibilité différentes.

En revoyant trois photos prises la semaine dernière un soir, je me suis rappelé que même notre monde à nous n'est pas invariable. Nous avons en nous plusieurs mondes, dans lesquels nous vivons à différents moments de notre vie, et même à différents moments de la journée. Il y a le monde beau, il y a le monde triste. Celui de l'euphorie, celui de l'ennui...
Ce que j'ai vu ce soir-là m'avait semblé lumineux. En photo cela me parait juste beau. Il manque déjà quelque chose. Est-ce la photo, ou est-ce que c'est moi qui suis responsable de ce changement? Question à un million.

Tiens, encore une, de question, concernant la dernière photo.
Que voyez-vous dans ce dessin? Quel est le message?

Question de point de vue, me direz-vous...







12/02/2008

12/02/08 - 15:30

Ouragan


De même que l'océan a des vagues et le soleil des rayons, ainsi les pensées et les émotions sont-elles le propre rayonnement de l'esprit. L'océan a des vagues ; pourtant, il n'est pas particulièrement dérangé par elles : les vagues sont la nature même de l'océan. Les vagues se dressent, mais où vont-elles? Elles s'en retournent à l'océan. D'où ces vagues viennent-elles? De l'océan. De même, les pensées et les émotions sont le rayonnement et la manifestation de la nature même de l'esprit.
[...]
Quelles que soient les pensées et les émotions qui se manifestent, laissez-les donc s'élever puis se retirer, telles les vagues de l'océan. Permettez-leur d'émerger et de s'apaiser, sans contrainte aucune. Ne vous attachez pas à elles, ne les alimentez pas, ne vous y complaisez pas, n'essayez pas de les solidifier. Ne poursuivez pas vos pensées, ne les sollicitez pas non plus. Soyez semblables à l'océan contemplant ses propres vagues ou au ciel observant les nuages qui le traversent.


Est-ce à cause de l'effort de l'escalade, de l'absence presque totale de bruit, ou bien du froid? toujours est-il que ce jour-là, mon océan à moi était littéralement balayé par la tempête, et ses vagues tout à fait incontrôlables.
Peut-être était-ce justement trop beau, trop calme là-haut. Peut-être que j'ai voulu trop en faire. Penser à ne pas penser, c'est encore penser, après tout...

A méditer...











11/02/2008

05/02/2008

05/02/08 - 15:40

The bridge to nowhere


Errer sans but est un exercice passionnant.
Ôter à la marche toute finalité productive, n'avoir pour destination que le tout droit devant soi, mais garder toujours en tête un horizon aussi immense que l'entendement le permet.

Chaque chemin emprunté... n'est justement qu'emprunté. Il faudra le rendre, alors autant en profiter, car c'est ce qu'il y a de mieux à faire.
Un peu comme cette vie...

La propriété n'est qu'un emprunt que notre myopie naturelle nous fait croire éternel. Hier aussi était un emprunt, que j'ai rendu hier soir tout comme bientôt je rendrai aujourd'hui, dans à peine quelques minutes. Aujourd'hui sera mort de toute façon, alors que gagnerais-je à m'y accrocher, sinon du vent?

Tout est-il donc destiné à mourir si tôt?
Pas nécessairement, il reste la mémoire...
Mais qui sommes-nous pour donner tant d'importance à nos souvenirs...? Cette manie du souvenir ne cache-t-elle pas un refus de ce temps qui passe? Ne cache-t-elle pas un profond scepticisme par rapport au présent?
Puisque le présent est bien la seule dimension dans laquelle nous ayons jamais vécu de façon consciente, pourquoi avoir si peu confiance en lui... Pourquoi ne pas vouloir le regarder en face un peu. Il a tant à offrir pourtant. Il est changement, là où le passé n'est qu'immobilité. Il est réalité, là où le futur n'est que promesse.

Ces pas dans le sable sont déjà effacés à l'heure qu'il est. Ils ne veulent plus rien dire, car ils n'existent plus. La mémoire peut leur rendre tout leur sens, vous dites ? La mémoire peut dire ce qu'elle veut, elle n'a jamais ressuscité quoi que ce soit, ni qui que ce soit d'ailleurs. Ces pas n'ont plus de sens, mais ils en ont eu un, ils ont voulu dire "je suis là, sur cette plage que j'ignorais parfaitement il y a de cela à peine une heure, je suis là et je ne le dois qu'à moi, je suis là et j'en suis fier, et je me sens bien, je suis là et c'est tout ce qui compte, je suis là...".

J'étais donc là, sur cette plage. Et je marchais, sans but. Penser à la destination c'est déjà quitter la sphère du présent pour se vautrer dans le futur. Mais le futur ne se vit pas. Il se pense, il s'imagine, il se fantasme, mais il ne se vit pas. Il détourne les yeux de l'essentiel. Et l'essentiel est sous nos pieds, juste là, juste maintenant. Regarder ses pieds et les voir en mouvement, les voir fouler cette terre et y laisser des traces de pas, ces traces qui veulent dire qu'on est bien là, que tout ceci est bien vrai.

La destination importe si peu.
Seul le chemin compte.
Et si le chemin est beau, alors qu'importe la destination.
Quand bien même il n'y aurait pas de destination, quand bien même ce chemin ne nous mènerait nulle part, qu'importe, si le chemin est beau.
Un peu comme ce pont...



Un peu comme ce pont...











04/02/2008

04/02/08 - 12:19

Habit de nuit


Je ne sais pas comment expliquer cette sensation si typiquement nocturne. Je suis dans ma chambre, et tout d'un coup je sais. Je sais que c'est le bon moment, que si je sors le monde ne sera pas tel qu'il est d'habitude, que mes yeux auront revêti leur habit de nuit.
Quand on est ivre, la vision se trouble, les pensées sont anesthésiées, ou au contraire elles sont plus vives que jamais, ou plutôt non, en fait elles vont tout de suite à l'essentiel, j'ai bien dit à l'essentiel, c'est-à-dire qu'elles occultent le futile et se focalisent sur le beau, sur le vrai.

Hier soir donc, j'ai ressenti tout ca. Et pourtant je n'avais pas bu. J'avais juste pressenti que ce serait comme ca, que je verrais clair.
Je ne sais pas trop si ca relève plutôt de la clairvoyance ou bien de l'hallucination pure et simple, non tout ce que je sais c'est que c'est bien. C'est intensément bon. Mieux que n'importe quelle drogue, mieux que n'importe quelle débauche, je le jure. C'est un orgasme sensoriel, ca parcourt tous les membres et ca ressort par les yeux, littéralement liquéfiés par cette expérience qui échappe à la compréhension.

Je ne suis pas allé bien loin. Je me suis dirigé parfaitement au hasard, pour arriver sur un petit chemin de verdure au milieu duquel se trouvait un terre-plein. Alors, guidé par mon envie et par elle uniquement, j'en ai fait le tour en pédalant le plus vite possible, une fois, deux fois, trois fois, et je ne sais combien encore. Ca me plaisait alors je continuais. J'avais bien conscience que si quelqu'un me voyait il me prendrait soit pour un psychopathe soit pour un gamin attardé, mais cette pensée est restée à l'état de vapeur je crois. Elle ne s'est traduite par aucune décision particulière, peut-être s'est-elle perdue quelque part dans ce vaste réseau neural qu'est ma petite tête.

J'essuyais déjà mes yeux, dont les larmes ne sauraient être expliquées uniquement par le vent, quand je suis arrivé devant un ensemble de barres d'immeubles. Je me suis posé devant le premier qui se tenait devant moi, et je l'ai fixé du regard. J'ai eu à ce moment la quasi-certitude que si je tendais les bras, mes grosses mains pourraient l'attraper tout entier et je pourrais le tenir, le toucher, le sentir...
Finalement, quand j'y réfléchis, avoir une telle certitude n'est pas si compliqué... Il suffit de croire en quelque chose, et de faire taire la petite voix dans la tête qui dit que c'est impossible. Ne restent alors que l'imagination, le rêve éveillé, l'abandon de soi...

Quelques minutes plus tard, tout était fini.
Pour une raison qui leur appartient sans doute, mes yeux ont retiré leur habit de nuit, et ont retrouvé leurs tristes et pleines capacités.

Maintenant je revois ce bâtiment, je le regarde bien, et je vois bien qu'il n'a rien d'extraodinaire. Ne vous attendez à rien de spectaculaire.

Ce n'était rien de bien spécial...
Non, rien de bien spécial. Et pourtant.

27/01/2008

27/01/08 - 06:17

Cette autre dimension


" Le sac était lourd. Il le souleva et commença à gravir la montagne sans oser s'arrêter. Il marcha sans discontinuer, le sac pesant de plus en plus lourd. Il lui fallut longtemps pour atteindre le sommet et, quand enfin il y parvint, il laissa tomber sa charge. Il s'écroula à terre, épuisé de fatigue mais profondément détendu. Il ressentit la fraîcheur d'une brise de montagne sur son visage. Toutes ses résistances s'évanouirent et, avec elle, son esprit ordinaire ; tout sembla suspendu. A cet instant précis, il réalisa soudain la nature de son esprit. "

Ce qui fait toute la poésie de l'instant, ce n'est ni l'instant, ni le lieu.
C'est le poête.



Suggestion de fonds sonore : Radiohead - Videotape







20/01/2008

 

Blogolist :
» Alicien
» Gerry8000
» sixte

pic et pic et colegram